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Attaques à Ouagadougou : Dans le feu de l’action de ce vendredi noir

 

Les riverains vers le grand marché, en fuite

 Ouagadougou a subi des attaques dans cette matinée du 2 mars 2018. Les cibles des assaillants ont été au moins l’Ambassade de France et l’Etat-major général des armées. Qu’est-ce qui s’est passé en ville ? Comment les citoyens ont-ils géré la psychose ? Comment nos boys ont-ils réagi ? Nous vous emmenons au cœur de l’action.

Il est 10h moins quelques minutes. Nous sommes en route pour un reportage ordinaire, comme dans notre routine quotidienne, sans nous douter qu’aujourd’hui ne serait pas un jour comme les autres. Arrivé au niveau du ministère des Affaires étrangères, nous tournons dans la rue qui mène au Conseil régional du centre pour ensuite prendre le premier tournant à droite en direction du dos de l’ambassade de France dont l’entrée est barricadée. Là, quelque chose n’allait pas. Mais quoi, aucune idée. Des voitures diplomatiques traversaient en catastrophe, machine arrière, les barrières gardées par les militaires, fonçant vers nous. Un militaire nous fait signe de nous retourner. Mais curiosité oblige, il faut que l’on comprenne d’abord. Là, un homme venant de la même direction, l’air inquiet nous confiera : « C’est une attaque, c’est une attaque ! ». Il refusera tout de même malgré notre insistance inimaginable, de répondre aux questions. « Je ne vous dirai rien ! si vous voulez, allez voir vous-même… ». Nous avons donc décidé d’aller à la recherche de l’information pour vous, bravant les recommandations, la psychose et les coups de feu qui se font maintenant entendre clairement. Faisant le grand tour pour jeter un coup d’œil, nous apercevons un groupe de militaires en voiture, si on peut le dire. En effet, ils ne conduisent pas le véhicule, mais le poussent. C’est dans la rue juste avant l’école nationale des postes. Faisant face au premier ministère, nous apercevons maintenant une voiture en flammes juste devant l’ambassade de France, en face de la RTB télé. Des sources nous confieront après que le véhicule appartenait aux assaillants, qui l’ont eux-mêmes enflammé avant de passer à l’attaque. Nous craignons déjà le pire, mais visiblement, le pire est encore devant. Un regard baladeur nous fait constater qu’il y a une fumée beaucoup plus importante en centre-ville. Inquiet, nous comprenons qu’il y a probablement une autre attaque. Il nous faut avoir le cœur net. Direction le centre-ville !

Le malheur des uns fait le bonheur des autres

L’un des chercheurs de « trésor »

Nous sommes passés par le grand marché pour approcher l’Etat-major général. Même constat : les riverains prennent leurs jambes à leur cou, le marché se vide inéluctablement. On est en droit de se demander à quoi servent les feux tricolores tellement personne ne les remarque encore. En tout cas, tout le monde, commerçants, acheteurs, tous, s’éloignent le plus possible de l’Etat-major. On croirait voir des Hussein Bolt. Nous progressons jusqu’à la Banque atlantique, juste derrière le lieu du massacre. La banque est méconnaissable : à l’image des boutiques environnantes, ses vitres sont en mille morceaux par terre. Des riverains affirment que les assaillants seraient passés par là au préalable, en tirant à tout bout de champ, à bord d’un véhicule. A quoi ressemblaient-ils ? Combien étaient-ils exactement ? Ce sont des questions auxquelles personne n’a pu répondre exactement car n’ayant pas eu le temps de remarquer, dans la panique. Une panique qui se confirme par la scène après fuite des citoyens. En effet, ils se sont sauvés, laissant ou oubliant leurs biens. Certains ont laissé leurs motos pour mieux se chercher ; les véhicules sont nombreux stationnés mais aucun propriétaire à l’horizon. D’autres encore, ont abandonné leurs marchandises : colas, accessoires de mobylettes et même boutique de transfert d’argent. Le malheur des uns faisant le bonheur des autres, quelques individus ne se sont pas du tout gênés. Loin de là. Nous pouvons entendre un jeune homme tout excité s’adresser en mooré à son camarade visiblement à l’intérieur de la boutique de transfert d’argent : « Avances encore et tu regardes bien, tu vas voir le coffre ». À quelques pas de là, un groupe de 4 jeunes se rue sur l’assiette de cola abandonnée, non pas pour piller le cola mais les quelques pièces qu’un pauvre marchand a obtenues durement à la sueur de son front. Et ils avaient l’air très heureux de le faire. En tout cas, leurs 32 dents étaient bien visibles tant ils souriaient de joie.

Un repli stratégique

L’un des héros du jour, cherchant le meilleur angle de tir

L’Etat-major lui, est encore plus méconnaissable. La cour est enveloppée d’un nuage épais de fumée toute noire et des flammes ardentes consumaient les bâtiments. Le pick-up derrière la clôture qui contient d’habitude des soldats est vide. D’ailleurs aucun militaire en vue. Il semble qu’ils soient tous à l’intérieur à défendre courageusement la nation au péril de leur vie. L’on peut entendre ce concert de balles. Pendant que certaines armes produisent des bruits sourds comme un tambour, d’autres retentissent de manière plus suivie mais sèche : on reconnaît clairement des tirs en rafales. Quelquefois, un bruit lourd et violent oblige tous les curieux à se mettre à couvert derrière un véhicule ou un pilier. Il s’agit, nous dira-t-on, de lance-roquettes. A la détonation de ces coups, même le sol ressent en l’impact. Entre-temps, les riverains et quelques journalistes dans les environs semblent se sentir en sécurité. Les uns filment et prennent des photos à découvert, les autres causent et continuent à chercher le trésor d’Ali Baba. Soudain, une vitre de la banque explose derrière nous. Est-ce une balle perdue ? Est-ce une vitre qui était déjà fissurée et a cédé sous l’impact des fortes vibrations ? Est-ce autre chose ? Personne ne s’est posé la question. C’est la débandade. Les plus prompts ou peureux s’éparpillent vers le marché. Les plus audacieux, ou lents à réagir s’abaissent ou s’abritent à côté.

Pendant ce temps, nous remarquons deux militaires pressant le pas vers nous, armes à la main. L’un d’eux a le visage ensanglanté. Loin de vouloir prendre la fuite, ils effectuent un repli stratégique. En effet, la Banque atlantique étant construite sur 4 à 5 niveaux, constitue un mirador idéal. Nous suivons donc ces braves soldats et les assistons autant que nous pouvons : tantôt en déblayant le passage, tantôt en les encourageant ou encore en leur assurant de nos prières. Un jeune homme aidait de plus près en tenant le long chargeur qui trainait, afin de faciliter le maniement de l’arme. Arrivés au plus haut niveau, nos boys trouvent une place de choix et se mettent en position de tir, à plat ventre. Le premier, apparemment sur le point de tirer, s’entend dire par son frère d’arme : « Attends, ne tire pas ; ne tire pas. On risque de blesser les nôtres ». Peut-être que la distance ne leur permet pas de distinguer les assaillants de leurs collègues. Ils redescendent et se dirigent vers une cour dont le mur donne directement sur celui de l’Etat-major. Par peur de devenir trop gênant pour ces soldats en pleine action, nous jugeons préférable de les laisser bien faire leur travail. D’autant que nous avions le nôtre à poursuivre, notamment à l’hôpital. En tout cas à 11h passées de plusieurs minutes, quand nous quittions les lieux, les coups de feu se faisaient toujours entendre.

Arthur Zongo

infowakat.net

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