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Chantal Ouédraogo, la technicienne du cuir à Ouagadougou

Elle n’est « pas allée loin à l’école ». Elle a dû stopper ses études en classe de 6e par manque de moyens pour se lancer dans la vie pratique. Née en 1999, Chantal Ouédraogo, puisse qu’il s’agit d’elle, dans la pratique, fait de belles œuvres et séduit le public burkinabè par la dextérité qu’elle a dans le maniement de sa brosse à cirage. Une équipe de votre organe Infowakat.net est allée à la découverte de cette fille de 19 ans qui s’est spécialisée dans le travail du cuir sous toutes ses formes. Elle se fait appeler la « Technicienne du cuir » !

Il était 11h45 quand elle faisait son entrée dans un « restaurant ghanéen » au quartier Patte d’Oie de Ouagadougou, lieu où nous avions pris place 30 minutes avant pour savourer des plats « made in Ghana ». Elle se faufilait entre les marchands ambulants qui se faisaient refouler par les maitres des lieux. Vêtue d’une tenue estampillée ONG Africa Vision International avec une casquette verte sur la tête pour se protéger des rayons de l’astre du jour, elle portait un sac au dos, et tenait une petite chaise dans main gauche et un bidon contenant du savon liquide dans l’autre main.

Chantal Ouédraogo prend ainsi place dans un angle du restaurant et se déleste de son bagage avant d’adopter une technique d’approche propre à elle-même vis-à-vis des différentes personnes qui sont venues gouter aux plats ghanéens ce jour. Nous sommes étonnés de voir une femme parmi les hommes, sillonner les quatre coins de la capitale burkinabè à la recherche de sa pitance quotidienne à travers le travail du cuir. Curiosité oblige, nous avons cherché à mieux savoir sur cette Yennega du cuir.

Chantal s’approche de la table où nous avions pris place, souhaitant nous rendre service, elle veut nous débarrasser de la boue qui avait englouti des parties de nos chaussures. Un service que nous n’avons pas daigné rejeter parce que nous voulions, en plus d’avoir des chaussures propres et qui brillent aux éclats du cirage, voir dans quelle condition elle maniera la brosse à cirage. « Incroyable ! », s’étonne un confrère quand mademoiselle Chantal Ouédraogo se met à l’œuvre. Nous décidons de mieux comprendre comment est-elle en arrivée là.

Un peu réticente au départ quand nous l’abordons avec nos questions, elle finit ensuite par se laisser aller et s’ouvre à nous. C’est là qu’elle nous fait savoir qu’elle a été formée par l’ONG Africa Vision International en collaboration avec la FAFPA (Fonds d’appui à la Formation Professionnelle et à l’Apprentissage). Elle a été formée à cirer, à coudre, à coller le cuir, et mieux, à fabriquer des chaussures (Dames et Hommes), des ceintures, des sacs, des portefeuilles, etc. à base du cuir. Ce qui fait d’elle aujourd’hui une « technicienne du cuir », comme elle prend le plaisir à nous le dire, sourire aux lèvres.

Après la formation, place est à la pratique. Il faudra, en tant que nouvelle dans ce domaine, sillonner les rues, les maquis et les restaurants de la capitale à la recherche de potentiels clients. Mais le terrain n’est pas facile pour les filles ou les femmes quand les potentiels clients sont des hommes, nous a-t-elle soufflé.

En effet, Chantal Ouédraogo est le plus souvent confrontée à de nombreuses difficultés qui freinent un tant soit peu son élan dans sa quête du meilleur. Ainsi, même s’il y a des hommes et des femmes qui la félicitent et l’encouragent dans son métier, il y en a d’autres qui, par contre, d’un air ironique, n’hésiteront pas à lui balancer au visage des propos tels que : «  ce métier n’est pas fait pour les femmes », ou encore, « allez-y faire la coiffure des femmes ». Des propos qui ne dérangent pas Chantal Ouédraogo, qui chaque jour, se met au travail en vue de mieux parfaire ses œuvres parce qu’elle croit dur comme fer qu’ « il n’y a pas de métier spécifique à un sexe donné ». « Au début quand je commençais (en juin 2018) j’avais honte de me mettre dans la peau d’un homme pour faire ce travail. Mais maintenant, j’ai compris qu’il n’y a pas de métier qu’une femme ne peut pas faire. Il suffit seulement de croire en ce qu’on fait », a expliqué la technicienne du cuir, qui précise qu’outre ces propos souvent « décourageants » de certaines personnes, il y a certains comportements des hommes qui intriguent et qui irritent.

En effet, certaines personnes refusent de se plier au coût du cirage qu’elle a fixé à 100f par paire de chaussure. Ces personnes estiment que la somme de 100f pour le cirage une paire de chaussure est trop élevée alors qu’ « il y a des jeunes qui cirent à 50f » sur le terrain. « Moi je cire avec la boite de KIWI (marque cirage), mais les gens

ne cherchent pas à comprendre que je fais un travail de qualité avec un cirage de qualité », se défend-t-elle.  A l’en croire, c’est un fait qui la contraint dans la majeur partie des cas à sacrifier son effort en refusant la somme qui lui est proposée par le client. « Souvent quand on sait que tu as de l’argent et que tu refuses seulement de payer, nous on te dit de laisser tomber. On ne prend pas les 50f. Il y a certaines personnes qui, à vue d’œil, on sait qu’elles n’ont pas les moyens. Nous comprenons ces personnes et nous leur facilitons le cirage de la paire de chaussure à 50f. Il y a des personnes qui vous laissent cirer et quand vous finissez ils vous sortent de gros billets comme 10 000F ou 5000f pour vous demander de faire la monnaie. On est obligé, dans ces cas, à laisser notre argent avec eux et partir », a-t-elle expliqué.

En plus de ces difficultés qu’elle rencontre sur le terrain, il faut ajouter le « dérangement » des hommes dont elle en est victime tous les jours. « Comme nous sommes des filles, il y a des hommes qui nous dérangent beaucoup sur le terrain. On nous harcèle souvent », confie-t-elle.

Y-a-t-il un contrat qui la lie aujourd’hui à son patron ?

Pour le moment, elle se « débrouille » seule sur le terrain même si elle n’écarte pas la thèse de contrat qui pourrait être signé dans les mois à venir avec son formateur qui exigerait que ses apprentis travaillent avec lui pendant une année avant d’évoluer seuls. Ce contrat a pour but d’aider l’apprenti à se mettre à son propre compte plus tard. Au cours de cette année de travail sous la coupe du patron, Chantal Ouédraogo, comme les autres apprentis, devrait verser quotidiennement la somme de 3000 FCFA, soit 1000 FCFA pour soutenir les charges du patron, 1000 FCFA pour soutenir les travailleurs en cas de difficulté majeure et 1000 FCFA garantis dans un compte de l’apprenti pendant une année.  Avec ce contrat, elle percevra un salaire de 50 000 FCFA le mois. Après cette année de travail avec le patron, chaque apprenti pourra voler de ses propres ailes s’installant à son propre compte.

Chantal Ouédraogo entend-t-elle s’installer à son propre compte ?

« On verras ça avec le temps », nous a-t-elle répondu. C’est dire qu’à propos, Chantal Ouédraogo est encore réticente car elle dit ne pas savoir si celui que son cœur aura choisi acceptera la voir évoluer dans ce métier. « Comme je ne suis pas encore mariée, je ne sais pas si mon mari acceptera que je continue dans ce métier. Pour le moment, je ne pense pas à ça mais tant que je ne suis pas mariée, je continue toujours ce travail », s’est-elle réservée parce que, nous souffle-t-elle, que son « fiancé » ne voudrait pas la voir évoluer dans le travail du cuir.

Mais tout compte fait, Chantal Ouédraogo se plait déjà dans ce métier qu’elle a choisi. Elle en est à ses débuts mais elle apprécie déjà ce qu’elle gagne comme recette par jour. « Comme nous sommes à nos débuts, on ne se plaint pas. On rend grâce à Dieu pour ce qu’on gagne déjà », s’est-elle réjouie, précisant que les recettes journalières varient selon le temps entre 2500 FCFA et 3500 FCFA, voire 4000 FCFA.  « Ça dépend du marché », se justifie-t-elle.

Armand Kinda

infowakat.net

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