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Déplacés internes : Entre bravoure et risque sous les pieds de haute tension

L’insécurité dans le pays des hommes intègres a occasionné un périple trapu des populations vers la capitale Burkinabè, Ouagadougou. Elles vivent dans un état de précarité et nombreuses, malgré elles, sont obligées de mener des activités quelconques pour subvenir à leur besoin.

Très tôt le matin d’un dimanche, une fille frêle de 15 ans se trouvant dans un trou creusant la terre. Elle, c’est Djamilatou Belem. Elle habite au secteur 38 (pazani) de Ouagadougou. Son lieu de travail et sa cour d’habitation sont à une trentaine de mètre.

Djamilatou affichant un regard hagard est élève et fait la classe de 5ème dans un établissement de la place (lycée privé Bissongho II). Elle et sa famille sont venues de Taouremba. Un village qui a essuyé des attaques terroristes les obligeant de prendre la poudre d’escampette sur Ouagadougou en 2018.

Taouremba est une commune située dans le département de Tongomayel, dans la province du Soum, région du Sahel, au Burkina Faso. « Comme il y a eu des attaques dans notre village, c’est à cause de ça qu’on est venu ici » se souvient-elle. Son père est un vieillard de plus de 70 ans et sous le poids de la vieillesse, il n’est plus actif. Djamilatou doit dorénavant se battre pour subvenir à ses besoins. La fille met à profit les jours où il n’y a pas de classe pour venir creuser la terre en vue d’extraire quelques grains de sables et gravillons pour vendre. Depuis son exode à Ouagadougou, c’est ce qu’elle fait. Elle nous relate que c’est grâce à ce dur labeur qu’elle a pu solder en intégralité ses frais de scolarité qui s’élèvent à 74 000 F CFA.

Elle s’est dotée d’un emploi de temps rigoureux qu’elle essaie tant bien que mal de le respecter. Chaque dimanche et jours fériés, elle descend dans le trou de 06 heures à 14heures. Mais les jours où il n’y a pas de cours dans les soirées, elle vient creuser de 14heures à 18heures. Elle fait ce train train quotidien entre son lieu de travail et son école. Son père ayant quatre femmes, difficile pour ce dernier de répondre convenablement aux besoins de sa famille.

En fin de compte, Djamilatou nous montre du doigt une femme qui se battait avec sa houe à cent mètre d’elle. C’est sa “marâtre” qu’elle appelle affectueusement ‘’Maabila’’. A l’en croire, tous ses frères et sœurs présents font ce travail. C’est donc devenu un business pour la famille où chacun tire son épingle du jeu.

Mais ce jour-là, sa mère biologique était absente. Celle-ci se serait rendue au village vers Ouahigouya pour rendre visite à une tante malade. En attendant son retour, sa fille est résignée à faire ce travail pénible sous le contrôle de ‘’Maabila’’.

Cette dernière, d’une voix inquiétante, interpelle sa demi-fille en langue vernaculaire mooré. Y a boin fo maana béiini, fopa toumdé. « Que fais-tu là-bas, et tu as arrêté le travail ? », questionna-t-elle. Et la fille de répondre d’un air timide, baafi « rien ». Quelle ne fut sa grande surprise de me voir aux côtés de l’élève de 15 ans. Pour elle, je suis peut-être venu réussir à mon entreprise.

A midi, la marâtre appelle les enfants à passer à la table. Ils ont temporisé le travail pour mettre quelque chose sous la dent, question de prendre un peu d’énergie avant de se remettre au travail. Le menu était composé du tô avec la sauce de baobab sec. Une sauce verdâtre dans laquelle baignent deux morceaux de viande. Madame Belem et ses dix enfants peuvent bien se gaver maintenant.

Après le repas, elle n’est pas avare en explication. «Nous sommes venus ici mais nous n’avons pas eu de l’aide. On est obligé de faire ce travail pour pouvoir manger. Ce n’est pas facile mais on va faire comment. Je viens ici chaque matin à 6h et je descends à 18 h et c’est comme ça tous les jours. Vous avez remarqué, c’est un travail dur et demande assez de ration alimentaire» nous relève ‘’Maabila’’.

Cependant, elle déplore la rareté des clients qui tardent à venir. « Nous vendons chaque monceau de sable ou gravillon à 3000 F CFA. Mais dans ces temps-ci, il n’y a pas de marché. J’ai déposé ces monceaux et cela fait plus de 20 jours qu’il n’y a pas eu de marcher. Vous n’allez pas m’en acheté ou me chercher des clients ?», se confie-t-elle. Néanmoins, malgré cette morosité du marché, tous ses enfants fréquentent. Elle a pu inscrire ses rejetons à l’école suite au dur labeur. Les deux fillettes font CP1 et la plus grande fait CE1.

Elle ne perd pas de vue l’école

Consciente que l’école peut ouvrir d’autres portes de réussite, Djamilatou nourrit l’ambition de devenir un personnel de la santé. Elle doit se donner à fond dans les études afin de concrétiser son rêve. En cas de devoir, elle dit rester à la maison pour apprendre les leçons soulignant gagner de très bonne note au devoir.

A cause du terrorisme, elle avait abandonné l’école. C’est arrivé à Ouagadougou qu’elle a jugé nécessaire de se réinscrire. D’après elle, elle devrait être en classe de 3ème cette année. Au moment où ils quittaient le village, elle faisait la 6ème. Faute de moyen financiers, elle a estompé les études. Deux ans après, elle a travaillé avec les bénédictions de sa génitrice pour s’inscrire directement en 5ème à la rentrée scolaire 2020-2021. Leur travail consiste à creuser du sable et des graviers destinés à la vente. Dont le monceau coûte trois (3 000) mille FCFA. Les tricycles viennent payer ces agrégats pour la construction des maisons dans la zone. Ce travail informel et archaïque profite bien à ceux qui le font.

Grâce à ce travail, Salimata Derra a pu inscrire ses enfants à l’école

Plus loin, Madame Derra Salimata et ses deux fils, Issouf (élève au CM2) et Yassia (CE2) sont à pieds d’œuvre sur le même site. Ce dimanche 03 janvier 2021, dame Derra et ses enfants s’attèlent à ramasser du sable sur un air caillouteux. La famille est venue de Silgueye (une commune située dans le département de Djibo), à cause de la crise sécuritaire. « Il y a eu des attaques terroristes meurtrières dans notre village, plus d’une quinzaine de personnes y ont laissé la vie. Un soir, nous avons déballé ici laissant tous nos biens » se souvient-elle.

Tout comme sa mère, le petit Yassia (11 ans) se souvient comme si c’était hier, la scène atroce qui s’est passée dans son village. « On a couru laisser notre village à cause du terroriste », se rappelle-t-il.

Nous faisons ce travail, ajoute Madame Derra pour aider nos maris. « Mais ce dernier n’est pas avec nous, ici. Il est parti à Bobo pour chercher de l’emploi» a-t-elle dit. Un mari, parti à la recherche du bien être dans la capitale économique, laissant cette femme de 30 ans et ses cinq enfants. Même si le repas de trois fois par jour est un cauchemar pour eux, elle doit porter sur ses frêles épaules la charge familiale.

SALIMATA DERRA ET SES FILS

Depuis plus d’un an, la zone non lotie du secteur 38 de la capitale burkinabè est son refusge du fait de l’insécurité. Avec un travail dérisoire, elle arrive quand même à tenir le coup dur. Visiblement remontée, mais s’efforçant à étaler des sourires, elle raconte les calvaires qu’elle aura vécus à Ouagadougou. «Venus du village, nous sommes descendus à l’école Taofique de Ouagadougou sur la route de Yagma pendant deux mois et demi. Avec la rentrée scolaire, on était obligé de sortir. Présentement, je suis à Marcoussi/ Yagma où j’ai pris une maison en location dans la zone non lotie à 12500 F CFA. On a entendu parler de l’aide mais nous n’avons rien eu. On est obligé de faire ce travail et cela vaut mieux que rien » a-t-elle martelé.

C’est le même travail qui lui a permis d’inscrire ses cinq enfants à l’école. « Je fais tout pour payer les frais de scolarité de mes enfants » a-t-elle indiqué. Celle qui n’a plus les nouvelles de son mari depuis un certain temps regrette l’absence du marché. Son cri de cœur à l’endroit des autorités et son souhait est de regagner d’où ils sont venus.

Le retour de la sécurité reste sa préoccupation majeure. « Ici on paye pratiquement tout. L’eau, nourriture et même la maison. C’est vraiment compliqué. Nous voulons repartir mais nous avons la peur au ventre à cause de l’insécurité qui y règne » se morfond-elle.

Des bambins abandonnés à eux-mêmes

La plupart des femmes travaillant sur le site sont des déplacées internes. On voit les enfants de certaines s’adonnant à des jeux pendant que leurs mamans travaillent. Un peu partout, ça grouille des enfants poussiéreux. De par leur petite taille, les enfants de moins de 5 ans sont plus proches du sol, là où la concentration des particules de poussière est la plus forte.

Ils inhalent de la sorte plus de poussière que les adultes, et ce pour une surface de poumons pourtant plus petite. Innocents, ils sont exposés à des maladies sans le savoir. D’autres par contre fouillent dans les ordures d’à côté. Ces enfants n’ont pas demandé à être dans ces conditions. Les parents n’étant pas dans une très bonne posture sociale les oblige à mener cette vie exposée sous le soleil ardent. Ailleurs, les enfants de même âge bénéficient de l’attention familiale. Mais ceux-ci sont laissés à eux même à la longueur de journée.

Les risques liés au travail

Ces déplacés internes ont pour le lieu de travail aux pieds de haute tension traversant le quartier Pazani dans la partie nord de la capitale burkinabè. Rien qu’à y faire un tour, ce qui laisse présager donne froid au dos. Ces pratiques présentent des risques vraiment énormes.

En creusant, ils ne sont pas en sécurité et s’exposent à d’éventuels dangers. Cela peut engendrer l’accélération de la chute des supports. Selon Abraham W. Bognini, ingénieur électricien à la SONABEL les risques peuvent être la rupture d’alimentation dans la zone précisant qu’il peut y avoir des risques électriques. « Parce que si le support tombe, cela veut dire que les conducteurs qui y sont accrochés vont tomber. Et si ces conducteurs tombent, tous ceux qui sont à proximité cours un risque. Si le conducteur touche quelqu’un, la personne est soumise à un risque électrique. Donc il y a risque d’électrisation ou encore d’électrocution » prévient-il.

Abraham W. Bognini, ingénieur électricien à la SONABEL

Au regard de cela, l’ingénieur en électricité trouve qu’il est dangereux de mener ces pratiques aux pieds des poteaux électriques hautes tensions et estime qu’il faut vite agir. « Nous préconisons vraiment qu’on puisse trouver des solutions à cela. Si cela continue, la population court un danger » affirme M. Bognini.

Comme il vient d’être dit, la SONABEL peut faire éviter le pire, en interpellant les services sécurités de la société électrique et dégager des mesures à prendre. La sensibilisation de la population par rapport à ces risques est la meilleure solution.

La SONABEL doit agir certes, mais la responsabilité incombe plus à la municipalité car c’est un domaine public.

Youssouf KABDAOGO
Infowakat.net

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