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Actualité

Discours intégral du Président du Conseil National des OSC: “Le temps des hommes forts est révolu. Nous voulons des institutions fortes au Burkina Faso”

Discours du Président du Conseil national des organisations de la société civile du Burkina Faso, à la cérémonie d’ouverture du cadre de concertation et de dialogue Etat/organisations de la société civile à Ouagadougou, le 24 février 2015.

Mesdames et Messieurs,

Honorables invités,

 

 

Ce jour 24 février 2015, se tient la première session du cadre de concertation entre l’Etat et les organisations de la société civile. Elle se tient dans un contexte post insurrectionnelle, insurrection pendant laquelle la société civile, aux côtés d’autres forces, a montré toute sa détermination pour mettre fin à l’injustice, à l’impunité et pour plus de liberté.

 

Au cours de cette lutte, certains d’entre nous sont tombés, tués à balles réelles par la réaction et la contre-révolution. Ils auraient voulu être avec nous à cette rencontre d’aujourd’hui pour discuter avec les autorités de la transition après ce sursaut collectif du peuple burkinabè. Hélas! Mais nous savons que dans cette salle, ils sont là; tout autour de ce bâtiment, ils sont avec nous et ils nous assistent, nous continuateurs de la lutte. Prêtons leur attention par une minute de silence.

 

Mesdames et Messieurs,

 

 

La société civile est aujourd’hui, au plan international, un acteur de développement à part entière, et de ce fait, apporte sa contribution à la mise en œuvre des politiques publiques de développement. Au Burkina Faso, les actions que mènent les organisations de la société civile couvrent tous les domaines de développement en accompagnement de l’Etat. Il en résulte  la nécessité de concertation et de dialogue de façon régulière entre les deux entités afin de créer les conditions de développement durable au profit des populations à la base.

 

Un cadre de concertation entre l’Etat et les organisations de la société civile se justifiait donc aisément. C’est ainsi qu’en 2003, profitant de l’évaluation de la mise en œuvre du plan national de bonne gouvernance qui a couvert la période 1999 – 2003, les organisations de la société civile posaient pour la première fois la nécessité d’un cadre de concertation et de dialogue  avec l’Etat afin de pacifier les relations Etat/OSC qui n’étaient pas des plus bonnes au regard des critiques permanentes des OSC sur la gouvernance démocratique et qui n’étaient pas du goût des dirigeants de l’époques.

 

Ce plaidoyer a continué depuis lors, a été repris à toutes les rencontres de grandes importances avec l’Etat, repris pendant les travaux du Conseil consultatif pour les réformes politiques (CCRP) pour voir enfin un décret pris en conseil des ministres en février 2014 instituant ce cadre de concertation.

La mise en place de ce cadre établit ainsi un partenariat nouveau entre l’Etat et les organisations de la société civile. D’où le thème principal de cette première session qui est: «Dialogue Etat/OSC: un partenariat nouveau pour un développement durable du Burkina Faso ».

 

Ce partenariat nouveau signifie que les organisations de la société civile s’engagent davantage à créer les conditions pour une synergie d’actions avec l’Etat pour une prise en compte effective des aspirations profondes des populations. C’est pourquoi un sous-thème, dans ce sens, a été retenu pour être discuté au cours de cette session assorti de propositions concrètes.

 

Ce partenariat nouveau oblige les organisations de la société civile à travailler pour plus de crédibilité, plus d’efficacité et plus de visibilité. En effet, l’Etat ne peut prendre au sérieux qu’une société civile bien organisée, aux contributions pertinentes pour le développement et ayant le sens de la responsabilité. Ce qui veut dire que les organisations de la société civile se doivent d’évaluer leurs forces, leurs insuffisances, les enjeux de développement et les défis à relever. Ainsi, le sous-thème « la gouvernance dans les organisations de la société civile : état des lieux et perspectives pour une meilleure gouvernance des organisations de la société civile » a été retenu pour être développer au cours de la session assortie également de résolutions.

 

Il n’est un secret pour personne que notre pays traverse une crise à tous les niveaux, caractérisée par l’incivisme criard, la défiance de l’autorité de l’Etat, la justice privée, l’intolérance, etc. Aucun pays ne peut se développer dans le désordre et dans l’anarchie. C’est pourquoi, dans la même lancée de lutte contre l’impunité et l’injustice, les organisations de la société civile doivent désormais s’impliquer fortement dans la lutte contre l’incivisme sous toutes ses formes, contre l’intolérance, la justice privée et pour la culture de la paix sociale. Elles doivent également contribuer fortement à restaurer de façon définitive l’autorité de l’Etat.

 

Par ailleurs, si les organisations de la société civile ont une capacité indéniable de mobilisation des populations, de sensibilisation et d’actions productives, elles souffrent du manque de moyens conséquents pour contribuer à relever les grands défis qui se posent à notre pays. En dehors des associations reconnues d’utilité publique, il n’existe pas de mécanismes permettant à l’Etat burkinabè d’apporter des appuis financiers aux associations à partir de l’argent du contribuable.

 

Quand on sait que les appuis des partenaires financiers aux associations burkinabè proviennent des contribuables de leurs pays respectifs, nous ne trouvons pas normal que ces mêmes associations ne puissent pas être soutenues à partir de l’argent du contribuable burkinabè. C’est en cela que se justifie un autre sous-thème intitulé «le financement public des organisations de la société civile: enjeux et défis»  qui a été aussi retenu pour être discuté au cours de cette session.

 

Les appuis financiers de l’Etat viendront renforcer l’action des OSC dans la lutte contre les maux qui minent le développement du Burkina Faso. J’appelle donc les organisations de la société participant aux travaux à des conclusions pertinentes.

 

Je voudrais également adresser les remerciements des OSC au gouvernement de la transition pour la tenue effective de ce cadre de rencontre qui est maintenant plus qu’une nécessité dans ce contexte post insurrectionnel.

 

Mesdames et Messieurs

 

Comme relevé plus haut, ce cadre de concertation a été voulu par les organisations de la société civile. Nous nous sommes battus dix années durant avant de l’obtenir. Son objectif, c’est de créer une confiance entre l’Etat et les organisations de la société civile afin de conduire ensemble et de façon réussie les grands chantiers de développement. Nous l’avons voulu aussi comme une tribune nous permettant d’exprimer les préoccupations de la société civile sur la vie de la Nation.

 

C’est pourquoi, l’occasion me paraît indiquée pour revenir sur la tentative répétée de saboter la transition par le Régiment de Sécurité présidentielle (RSP). Je salue ici les organisations de la société civile qui, dans la promptitude et dans un sursaut collectif, ont su opposer un refus total de voir instaurer encore dans ce pays, une gouvernance à la kalachnikov. Les organisations de la société civile doivent continuer à se convaincre que cette transition est la leur et qu’elles doivent la protéger et la défendre jusqu’au bout.

 

Si les autorités de la transition ne sont pas contestées par le peuple qui leur a conféré le pouvoir, c’est qu’elles ont l’approbation et le soutient total du peuple. Il nous paraît donc incompréhensible, qu’au prétexte d’un ordre hiérarchique militaire, le RSP se lance dans ses vielles amours par un dictat vis-à-vis du peuple. Les organisations de la société civile exigent ici encore la délocalisation du Régiment de Sécurité présidentielle du palais présidentielle  et son démantèlement pur et simple.

 

Comme les mots démantèlement et dissolution semblent poser problème de compréhension, nous demandons que la dénomination soit changée, que sa mission change et que la sécurité des autorités et des institutions soit du ressort de la Gendarmerie nationale et de la Police nationale.

 

Parlant de l’ordre hiérarchique, le RSP n’est pas dans l’ordre hiérarchique normal de l’armée nationale et nous ne voulons pas d’une armée à double puce. Nous soutenons la commission mise en place par le Président du Faso pour réfléchir sur les missions futures de cette unité. La société civile appelle fortement l’Organisation des Nations unies (ONU) la CEDEAO et l’Union africaine à appuyer le peuple burkinabè pour la réorientation effective des missions du Régiment de Sécurité présidentielle. C’est à cette condition que ce groupe de militaires sera accepté comme faisant partie de notre armée.

 

J’invite les organisations de la société civile, sur toute l’étendue du territoire nationale, à garder la veille, à continuer à soutenir les autorités de la transitions à garder la même détermination jusqu’au changement effectif des missions du Régiment de Sécurité présidentielle.

 

Le temps des hommes forts est révolu. Nous voulons des institutions fortes au Burkina Faso, c’est-à-dire un pays où ce n’est pas au peuple de se soumettre à l’armée mais à l’armée d’être en phase avec les aspirations du peuple, un pays où ce n’est pas au politique de se soumettre à l’armée mais à l’armée de se mettre à la disposition du politique. Nous devons nous battre pour qu’il en soit ainsi.   

 

Bonne session à toutes et à tous

Je vous remercie

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