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Actualité

ENTRETIEN: A part la BRAKINA, qui fait des bénéfices de 26 milliards avec un chiffre d’affaire de 136 milliards

En cet après-midi du 30 mars, l’ambiance au sein de la Brasserie du Burkina/ Société de Distribution de Boisson (BRAKINA/SODIBO) est morose. Les uns couchés sur des nattes, ou prenant le thé, les autres arrêtés en petits groupes comme pour signaler une alerte c’est le constat que l’ on fait lorsqu’on foule le sol de cette société sis à Kossodo. Le vrombissement des machines a fait place à un silence d’église qui dure depuis une semaine. Ollo Marc KAMBOU  et ses camarades observent un débrayage depuis le 23 mars dernier pour exiger de la Direction, le respect de leur plateforme. Pour ces derniers, la reprise du travail n’est pas à l’ordre du jour tant que la Direction n’aura pas proposé quelque chose de concret.

ifaso.net : Depuis le 23 mars dernier, vous et vos camarades occupez les usines de Ouaga et de Bobo. Il semble pourtant que votre plateforme de 4 points à évoluer positivement depuis le début de l’année. Quels sont vos griefs actuels ?

Délégué du personnel : nos griefs actuels ce sont  toujours les mêmes points de la plateforme. Vous avez bien dit il parait. Quand vous dites les points de la plateforme ont évolué positivement, je suis surpris parce que c’est toujours  les mêmes points de la plateforme qui nous envoient à observer ce mouvement ; parce que effectivement en janvier, on a observé 5 jours de grève : les 20-21 ensuite les 27-28 et 29. Lors des négociations à la direction générale du travail, on a pu avoir deux points d’accord partiels à savoir la reprise des négociations de la convention d’établissement BRAKINA /SODIBO et la reconsidération des conditions de travail dans nos unités de production et nos centres de distribution qui se traduit à travers la mise en place d’un comité de santé et de sécurité au travail dont l’esprit répond aux dispositions en la matière. Malheureusement jusqu’aujourd’hui ces deux points n’ont pas connu une avancée sur le plan exécution. Nous exigeons de notre direction l’exécution des points d’accords partiels.
          
ifaso.net : Pourtant au cours d’un point de presse animé par la direction le 27 mars dernier, il est fait état d’environ 12% d’augmentation de salaire. N’est-ce pas bon à prendre pour le moment ?

D. P : il n’y a pas eu 12% d’augmentation de salaire en proposition. C’est vrai je n’ai pas le procès-verbal mais c’est le 11 février à 16h, on s’est rencontré dans la salle de réunion de la direction générale et la direction nous a proposé un échelon c’est-à-dire une augmentation de 6%  et en retour on va calmer nos camarades les ardeurs de nos camarades pour que le travail reprenne dans de meilleures conditions en attendant que les négociations de la convention d’établissement pour que le point augmentation de salaire soit étudié pensant ces négociations. Nous lui avons suggéré qu’ensemble on se donne un peu plus de courage pour traiter définitivement  le point augmentation de salaire et quand on arrivera lors des négociations de la convention, on pourra constater les efforts déjà faits à cette réunion-là. La direction nous a répondu qu’elle ne peut aller au de 6%. Elle a demandé en retour si on avait une autre proposition et nous lui avons dit comme nous sommes en négociation nous mettons un peu d’eau dans notre vin et au lieu de 100%, nous demandons une augmentation de 80%. Sur ce, il  lève la séance. Donc quand il parle de 12% peut être qu’il faudrait qu’il envoie des éléments d’informations sinon…
                
ifaso.net : Les conflits sociaux de 1994 à 2004 seraient aussi un point de revendication résolu… N’est-ce pas le cas ?  

D.P : Non ce n’est pas résolu puisque si vous prenez la plateforme de l’UAS et même de la CCVC, les grèves de 17 et 18, il y a la question des travailleurs licenciés abusivement et on a cité en exemple les travailleurs des brasseries. C’est l’Etat pour ce qui est de la situation en 1994 puisque en en définitif, on a condamné l’Etat et la BRAKINA dans cette histoire de non-exécution de décisions de justice parce que c’est l’Etat qui doit exiger l’exécution de ces décisions-là. Le fait que l’Etat n’a pas pu faire valoir son pouvoir de décision on l’a considéré comme complice. L’Etat devrait prendre en charge 50% des conséquences et la BRAKINA  50%. Et là c’est l’Etat qui s’est exécuté en mars 2011 avec  70 % de ce qu’il devait payer et  les 30%  en septembre 2011. Pendant ce temps la BRAKINA a demandé un délai butoir d’une année mais je vous assure que jusqu’aujourd’hui rien n’a été fait. Mais l’Etat n’est pas à même de faire valoir son droit, son  pouvoir pour  faire  exécuter ces décisions par la BRAKINA. Donc la situation de 1994 est  loin d’être résolue. Pour 2004 non plus. Il y a 5 autres camarades licenciés qui ont eu raison au niveau de la justice mais dont les dossiers n’ont pas connu d’aboutissement.

 

ifaso.net : Où en êtes-vous avec les points non consensuels. Je pense notamment aux accords d’établissement et aux conditions générales de travail…

D.P : ce que vous venez de dire fait partie des points consensuels. C’est comme je le disais au début, il y a des points des accords partiels qui n’ont pas connu d’exécution. A la rencontre du 11 février, les deux parties devraient se rencontrer se déterminer les bases sur lesquelles les négociations devraient s’appuyer pour ce qui est de la convention. Cela a été fait. Mais dans le procès-verbal  d’accord partiel il a été dit qu’de à la suite de cette rencontre la BRAKINA devrait mettre à la disposition des travailleurs le projet de convention d’établissement et même temps proposer un calendrier de négociation. A cette rencontre, la direction nous fait savoir qu’elle n’est pas très avancée sur le projet mais les jours à venir elle allait mettre à notre disposition le projet. Nous avons relancé à trois reprises jusqu’aujourd’hui  nous n’avons ni le projet ni un calendrier de négociation. Pour ce qui est des conditions de travail, les deux parties ont décidé de dissoudre le comité de santé et sécurité qui existe en ce moment dans sa composition qui ne respecte pas les dispositions en la matière et de mettre en place un comité. Nous avons transmis la liste de leurs représentants mais  jusqu’ aujourd’hui la direction n’a pas proposé ses représentants. Donc nous n’avons pas actuellement un comité final qui s’occupe de la question de santé et de sécurité depuis le 5 février date à laquelle nous avons signé le procès-verbal.

ifaso.net : Votre grève n’aurait pas été précédée d’un préavis. Vous ne craignez pas que la réponse de la direction soit radicale ? (licenciement par exemple)

D.P : Je ne sais pas pourquoi vous dites ça sinon si vous prenez le code et vous voyez un article qui dit qu’il faut introduire un préavis dans tel délai, beh venez me poser la question. Il n’y pas un article qui dit qu’il faut introduire un préavis. La seule condition ou du moins le préalable dans le privé où les travailleurs doivent observer avant de faire recours à la grève c’est respecter les procédures de conciliation et depuis juillet 2011, nous sommes inscrits dans cette démarche et la sentence arbitrale est tombée le 15 octobre.

ifaso.net : Les pertes par jour de grève seraient colossales. Environ 500 millions pour l’entreprise sans IMG 1165 1024x768compter le manque à gagner pour l’État, les grossistes de boissons, les détaillants et toutes ces personnes qui tiennent des petits commerces sur la base des boissons de la Brakina. Vous ne sciez pas la branche sur laquelle vous êtes assis ?

D.P : sciez la branche sur laquelle on est assis, je dirai que nous subissons des conséquences liées à ce mouvement  ce n’est pas de gaité de cœur. C’est pour cela avant de se trouver dans une situation où on est obligé de faire recours à la grève, on a tenu d’abord à interpeller  les autorités et à les pendre en témoins. Et c’est ça qui a valu le respect de la procédure de conciliation. C’était dans l’espoir avec la participation, l’intervention, la médiation de nos autorités à travers la direction générale du travail, éviter dans d’être dans cette situation-là. Cela a duré trois ans. Nous avons saisi la direction du travail je le disais tantôt en juillet  2011 jusqu’au 15 octobre.

La sentence est tombée, et la direction fait pourvois en cassation c’est pour faire trainer davantage les choses. Et quand nous avons lancé les grèves de 21, 27, 28,29, après cela malgré qu’on n’ait pas une satisfaction  concrète de notre plateforme nous avons levé le mot d’ordre de grève et continué le travail c’est dire donc qu’à quelque part nous sommes conscients de tous ceux qui sont sur cette chaine. Pour nous depuis le 29 janvier passé, nous n’avons pas observé de grève, c’était dans l’espoir que les deux parties tirent les leçons des 5 jours de grève passés et comprendre qu’il y a la nécessité de se mettre autour d’une table et mener en tout cas les négociations dans une prédisposition de construction, une prédisposition vers une sortie de crise.

Mais malheureusement c’était sans compter avec la volonté ou bien sans compter avec l’esprit de la direction parce que pendant ce temps de suspension au lieu que la direction développe un mécanisme de dialogue pour qu’on aille vers une sortie de crise elle saisit l’occasion pour réprimer les travailleurs avec des lettres d’explication parce que les travailleurs ne sont pas disposés à faire des hures supplémentaires. Les suites qui sont données sont des menaces, des licenciements sans droit, on va même à les traiter d’indisciplinés caractérisés et comme si cela ne suffisait pas on bloque les salaires pour les payer soit le 6 ou 7. Pour la direction, elle a le droit d’aller jusqu’au 8 du mois. Cette situation contraint les travailleurs à payer certaines de leurs factures avec des pénalités. Et pire la  goutte d’eau qui a débordé le vase, la direction a modifié  le programme honoraire de façon unilatérale et ce programme ne donne  pratiquement pas de repos aux travailleurs.

ifaso.net : Vous n’avez pas peur de vous mettre à dos une partie de l’opinion publique nationale ? 140 000 F comme salaire le plus bas, 100% de couverture santé pour les ouvriers et leurs familles… beaucoup de personnes estiment que vous êtes quand même bien lotis si tant est que ces informations sont justes !

D.P : Je respecte la mentalité de notre peuple, de mes frères. Je pense qu’ils ont à même de comprendre que quand on demande des meilleures conditions de travail c’est comparativement aux réalités que nous vivons dans la société et non avec d’autres sociétés qui n’ont pas la carrure. Ceux qui disent cela qu’ils se posent quand on dit que la BRAKINA en une année a fait 136 milliards de chiffre d’affaire qu’ils disent il y a combien de sociétés qui réalisent ce chiffre d’affaire ou qui dégagent en  une année 26 milliards de bénéfices.

ifaso.net : La direction pose la reprise du travail comme condition de reprise du dialogue. Vous voyez cela comme une main tendue ?

D.P : je dirai simplement que ça confirme et ça nous donne raison d’observer ce mouvement. Ce n’est pas une main tendue pour nous, la direction ne veut pas négocier. Si effectivement elle veut négocier, le 26 la direction générale a convoqué une réunion sur recommandation du ministre, la direction ne s’est pas présentée. Elle s’est contentée  d’envoyer  un courrier pour signifier que ne viendra pas aux négociations tant que nous, nous ne reprenons pas le travail. Dites-moi on reprend le travail avec quelle garantie ? Pour être là à trainer encore des mois sans rien ?

ifaso.net : La reprise n’est donc pas à l’ordre du jour ?

D.P: Bon ! En tout cas nous voulons une satisfaction date notre plateforme. Cette crise n’a que trop durer depuis 2011. La reprise j’ose croire pour les jours avenir, la direction va se faire disponible pour qu’on négocie. En tout cas, s’il y a rien de concret on ne va pas reprendre le service.

 

Propos recueillis par KM
ifaso.net

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