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Gestion riposte covid19 : « la vérité fini toujours par se savoir » (Me Ambroise Farama)

L’ arrivée du covid19 a bouleversé bien de choses aussi bien dans les habitudes des populations que dans la gouvernance publique. Des mesures prises par le gouvernement il y en a eu. Et de nombreux acteurs critiquent la façon dont celui-ci gère la crise sanitaire. Ambroise Farama, avocat et président de l’Organisation des Peuples Africains du Burkina Faso, estime pour sa part que les mesures prises par le gouvernement « sont pour la grande majorité inadaptées ».

Certains acteurs politiques critiquent la communication du gouvernement depuis l’arrivée du covid19. Quel regard portez-vous?

Me Farama : Juste dire que la vérité fini toujours par se savoir.

Comment jugez-vous les mesures prise par le gouvernement contre le convid19 ?

Me Farama : Je constate que ce sont les mêmes mesures que tous les pays semblent vouloir expérimenter. Je constate cependant qu’il n’y a pas de mesure miraculeuse. Sans pouvoir évaluer chacune de ces mesures, je reste convaincu qu’elles ne peuvent pas avoir la même efficacité partout, parce que chaque pays a sa spécificité. Chez nous, ces mesures sont pour la grande majorité inadaptées et manques de mesures d’accompagnement.

Vous êtes avocat avant d’être politicien, des voix s’élèvent pour dire que le président aurait d’abord dû décréter l’urgence sanitaire avant le couvre feux. Qu’en est-il exactement?

Me Farama : En matière d’urgence sanitaire ce qui importe ce n’est pas la forme, c’est l’impact des mesures prises même si j’en conviens avec vous que certaines mesures peuvent manquer d’efficacité parce que mal encadrées.

Selon la loi, « l’état d’urgence est une situation de crise permettant aux autorités administratives de prendre des mesures exceptionnelles en matière de sécurité et qui sont susceptibles de porter atteintes aux droits et libertés des personnes.

L’état d’urgence peut être déclaré sur tout ou partie du territoire, soit en cas de péril imminent résultant d’atteintes graves à l’ordre public, soit en cas d’évènements présentant le caractère de calamité publique par leur nature ou leur gravité ». Dans le cas d’espèce, la pandémie ne pose pas à mon avis un problème de sécurité et nous ne sommes pas non plus à mon humble avis dans une situation de calamité publique. Mais comme de grandes puissances parlent d’état d’urgence, nous aussi nous avons emboîté le pas sans regarder ce que dit la loi chez nous. Je pense que dans notre positif, la situation qui convient c’est l’état d’alerte sanitaire.

L’état d’alerte sanitaire quant à lui est prévu par notre code de santé publique et est institué par décret sur proposition du Ministre de la santé, en vue d’enrayer tout danger de propagation des maladies transmissibles en instituant des mesures obligatoires d’hygiène et de prophylaxie durant une période déterminée. Et la violation des mesures sanitaires édictées est sanctionnée par des amendes et/ou une peine d’emprisonnement de 05 à 15 jours.

IL me semble qu’au regard de notre droit positif, c’est l’état d’alerte sanitaire qui était le mieux indiqué dès le départ et l’état d’urgence pourrait être envisagé en cas de calamité publique. Et c’est la confusion entretenue au sommet de l’état qui explique la barbarie que nous constatons dans la mise en œuvre des mesures prises.

On s’achemine vers un possible confinement général dans un contexte d’insécurité. Quel mécanisme devrait être mis en œuvre pour limiter ou empêcher d’éventuelles bavures?

Me Farama : La mobilisation de toutes les communautés sans aucune distinction est notre principal moyen de lutte contre la pandémie. Et nous avons les moyens de réussir cette mobilisation, pourvu qu’on sache associer les intelligences afin que tous les burkinabè des villes et des campagnes s’approprient les mesures de protection individuelles et familiales. C’est une question urgente.

A côté de cet engagement communautaire, il y’a le rôle exclusivement dévolu aux pouvoirs publics celui de prendre les mesures qui s’imposent mais aussi celui de mettre à la disposition des acteurs, les moyens dont ils ont besoins pour accomplir convenablement leur mission. Seulement, les pouvoirs publics doivent comprendre que la lutte contre la pandémie a plusieurs dimensions. Une pandémie est une question d’ordre publique si sérieuse qu’elle ne peut être confiée aux seuls spécialistes de la santé. Dans la lutte contre la pandémie il faut se préoccuper de la propagation de la maladie et de son éradication, mais il faut aussi éviter de causer des dégâts plus néfastes que la pandémie elle-même. Il faut donc gérer l’urgence tout en pensant à tous les secteurs de la vie pendant et après la pandémie.

Pour réussir une telle lutte, il faut faire appel à toutes compétences dans les différentes branches d’activités pour arrêter un plan d’urgence de lutte contre la pandémie qui prend en compte tous les secteurs de la vie nationale. Pour ce qui est du volet purement technique et sanitaire, il faut faire confiance à nos braves acteurs de la santé qui se battent jours et nuits avec les modestes moyens qu’ils ont, pour sauver notre pays. Il faut donc leur faire confiance et mettre à leurs dispositions tous les moyens dont ils besoins. Mais ils ne doivent pas oublier que la santé ce n’est pas seulement le Covid 19, car il me revient aujourd’hui que nous enregistrons plus de morts par manque de prise en charge adéquates, qu’il n’y a de mort du Covid 19.

Ce plan d’urgence s’il avait été conçu de manière concertée devrait prévoir des mesures adaptées à l’évolution de la maladie et à la spécificité de chaque secteur d’activités. Ce plan aurait dû prévoir également des mesures d’accompagnement. Mais hélas, la concertation et le dialogue social semble ne pas intéresser nos gouvernants. Mais ils doivent savoir que la victoire contre la pandémie passera par un climat social apaisé et non un climat social de terreur.

 

Infowakat.net

 

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