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Lutte contre l’excision : le combat des jeunes apôtres anti MGF du Burkina

L’image du sexe féminin mutilé vous choque ? Sachez que ce sont 200 millions de femmes à travers trente pays dans le monde qui ont subi cette violence contre leur corps, pour des raisons purement culturelles et religieuses, alors que la société aurait pu le leur épargner. En Afrique plus de 91,5 millions de femmes et de filles de plus de neuf ans vivent avec les séquelles d’une mutilation pratiquée sur leur organe génital. Selon l’UNICEF, au Burkina Faso, de 2004 à 2015,  76% des femmes et jeunes filles âgées de 15 à 49 ans ont été sexuellement mutilées. Celles vivant en milieu rural et dans la région des Cascades particulièrement ont été les plus exposées avec des taux de prévalence respectifs de 70,1% et 89,8%. La tendance est cependant baissière. De 2010 à 2015, le taux de prévalence est passé de 75,8% à 67,6% pour les femmes de 15 à 49 ans et de 13,3% à 11,3% pour les filles de 0 à 14 ans. Cette régression traduit des résultats d’une lutte que mènent différents acteurs à plusieurs niveaux depuis 25 ans. Depuis peu, de plus en plus de jeunes et d’associations de jeunes marquent de leurs modestes empruntes la lutte contre les MGF. Parmi ces lutteurs, il y a Roukiatou SEDGO, victime d’excision et Paulin OUEDRAOGO.

Roukiatou Sedgo volontaire nationale du Burkina Faso, lutte ouvertement et en association contre les mutilations génitales depuis 2017. Son défi ? libérer la parole des jeunes femmes victimes de l’excision et impliquer les jeunes hommes dans la cause. L’une de ses victoires est d’avoir réussi après des années d’efforts répétés à faire abandonner la pratique dans sa famille, malgré les considérations désobligeantes. « Quand on est enfant et que l’on dénonce l’excision dans sa famille, surtout contre ses géniteurs, cela passe très mal. C’est à la limite une malédiction. Mais avec le temps, et les messages de sensibilisation qu’ils ont vus eux-mêmes, aujourd’hui ma famille me comprend et me soutien ».

Roukiatou Sedgo

Sur fonds propres, mais avec la collaboration de médecins sensibles au sujet, Mlle Sedgo, à travers une plateforme Facebook dénommée Vivre avec l’excision, tente de redonner aux victimes de l’excision une vie sans complexe, et surtout une sexualité épanouie plus épanouie. Pour avoir vécu dans l’ombre d’elle même à cause des séquelles irréversibles qu’elle traîne depuis lors, Roukiatou sait exactement ce que vivent les autres femmes dans le même cas. « Il fallait donner la parole aux filles et femmes victimes de l’excision pour exprimer -à travers des témoignages- ce qu’elles ressentent comme difficultés dans leur sexualité et dans leur reproduction » dit-elle.

Mais il n’y a pas que la parole qu’il faut libérer. L’ accompagnement psychologique et médical des survivantes sont des services inclus dans le package. « Actuellement nous avons deux femmes que nous suivons. L’une n’arrive pas à aller vers son homme par peur de la douleur, l’autre elle, a des difficultés pour enfanter. Elle a malheureusement fait deux fausses couches » explique Roukiatou. ” Nous sommes aussi entrain de tenter de dissuader une mère d’exciser sa fille depuis quelques mois. Jusqu’à présent elle ne l’a pas fait, nous espérons qu’elle ne le fera pas. Nous sommes  là-dessus” ajoute t’elle.

La tâche, bien que saine n’est pas aisée. Depuis qu’elle s’y affère, Roukiatou s’est vite rendue compte que l’un de plus gros freins à la lutte n’est rien d’autre que l’acceptation de la pratique par une bonne partie des femmes elles-mêmes. Paradoxalement, « les hommes sont les meilleurs alliés » dans cette lutte fait-elle remarquer.

Et parmi ces hommes qui luttent pour la cause des femmes, il y a Paulin Ouédraogo, étudiant en licence d’Anglais. Tout aussi jeune que Roukiatou, ce dernier en plus de s’ériger contre les MGF, milite pour l’accès à une santé sexuelle et reproductive de qualité pour les jeunes. Un homme dans une cause qui concerne d’abord les femmes ? comment cela s’explique lui demande t’on. Eh bien “cela dépend de votre vécu”, nous répond Paulin. “Il y a de ces histoires vraies, quand vous les écouter, vous ne pouvez que vous révolter contre la pratique. Et moi je mets la femme dans le grand H de Homme”.

Paulin Ouédraogo, à droite sur la photo

Sa stratégie à lui consiste à la “sensibilisation par pairs”, et à  participer aux e-campagnes « d’évangélisation » contre les MGF auprès des jeunes comme lui. E-campagne parce que l’outil internet constitue un excellent canal de communication pour atteindre les jeunes. Paulin est passé par QG-Jeunes, une plateforme digitale dédiée à la promotion de la santé sexuelle et reproductive.

« En plus d’aller sur le terrain, nous faisons des vidéos de sensibilisation sur Facebook et dans des groupes WhatsApp ». Les résultats ne sont pas forcément immédiats mais « il est plusieurs fois arrivé que des jeunes comme nous disent qu’ils veulent être ambassadeurs de la lutte dans leur milieu. » Il y a aussi les cas de « filles qui n’arrivaient pas à s’exprimer sur ce qu’elles ont vécu, qui ont pu le faire après avoir pris connaissance des possibles réparation qu’elles peuvent avoir », ajoute le jeune apôtre, satisfaction sur les lèvres

Atteindre la génération zéro excision, implique que les jeunes du moment soient au courant des dangers que courent leurs progénitures. C’est ce en quoi croit Paulin Ouédraogo. Car jusqu’au aujourd’hui, dit-il « il y a encore des jeunes hommes qui disent ne pas vouloir se marier avec une femme non excisée ».

Lire aussi : Mutilation génitale féminine : les jeunes s’engagent pour une “rupture”

Lui et ses compairs, tout comme Roukiatou Sedgo, n’attendent pas des frais de mission pour aller en mission, même si, dit-il, « le SP-CNLPE nous appuie quand nous avons besoin de gadgets ou de matériels pour les thés-débats ».

Le principal regret de Paulin, c’est l’absence de « dame mobilisation » aux activités. La volonté de se battre pour la cause est là. Mais « des fois on est découragé quand des gens refusent de venir participer à nos activités parce qu’ils n’auront pas 1000 francs CFA à la fin ».

Les associations sur la brèche malgré l’insuffisance de moyens

Hamado Salbré

Les associations et ONG qui luttent contre les MGF sont nombreuses au Burkina Faso. Parmi celles qui mettent les jeunes au centre de leur combat il y a justement QG Jeunes, un espace virtuel dédié au conseilling et à l’information à l’endroit des adolescents et des jeunes.

Les thématiques qui y sont abordées sont principalement la santé sexuelle et les MGF. Sur Facebook, QG Jeunes a 26 mille abonnés et « plus de deux millions de visiteurs sur le site » selon Hamado Salbré, coordonnateurs de l’œil des Jeunes, la structure qui porte QG Jeunes. Un vivier que compte influencer positivement Mr Salbré et ses jeunes collaborateurs.

A QG Jeunes, 13 jeunes “influenceurs” conscients de l’urgence et répartis dans les 13 régions du Burkina Faso, s’activent pour remplir la mission à eux confier : sortir de l’ignorance les jeunes de leurs localités, et les rallier entre autres à la cause anti MGF. Soixante-dix autres jeunes ambassadeurs à travers les 45 provinces travaillent aux mêmes objectifs, cela de façon bénévole.

Cela marche assez bien selon Mr Salbré car la plateforme d’information est de plus en plus visitée, grâce aux bornes wifi relais placées dans les régions.

L’argent, le nerf de la guerre, qui n’est pas toujours au rendez-vous, ne semble pas être un gros frein aux actions de ce groupe de missionnaires anti MGF. Car, dixit Hamado Salbré, « la question de la ressource financière ne doit pas être un obstacle. Si l’on reste à ce stade, on n’accomplira jamais rien », clame t’il.

“Je m’appelle NABA Banyala du village de Yamba : A l’âge de 09 ans ; j’ai été excisée et j’arrivais à peine à me soulager ; mais grâce à l’intervention de SOS /JD ; j’ai pu retrouver ma santé et je suis très contente. Je remercie beaucoup la structure”

 

Un des Témoignage RECUEILLI par l’association SOS/JD

Si le manque d’oseille n’est pas un problème à QG Jeunes, ça l’est pour d’autres comme  l’association SOS Jeunesse et Défis, dont la chargée de projet contre les MGF est Pauline Kouama. L’association comme beaucoup d’autres, souffre de l’insuffisance de ressources financières allouées à la lutte contre les MGF : un plus des 03 milliards de francs CFA prévus par le plan stratégique national pour l’élimination des mutilations génitales féminines.

De plus, « la plupart des partenaires se concentrent sur la santé sexuelle et reproductive, mais lorsqu’il s’agit uniquement des MGF, on n’a pas de partenaires » regrette madame Kouama. « Les gens pensent que ce n’est plus un problème de santé publique parce que depuis des années on en parle. Pour eux normalement le problème de l’excision ne devrait plus se poser après tout cela », ajoute-t ’elle.

Pauline Kouama

Et c’est avec le cœur lourdement inquiet, que Pauline Kouama constate l’abandon progressif de la lutte par de nombreuses structures sœurs par manque de moyens financiers. « Pourtant il y a de très bons résultats sur le terrain (…)  on se demande par exemple, comment les femmes pourront avoir des réparations si le projet s’arrête par manque d’argent parce que dans nos activités nous avons aussi les soins médicaux de réparation etc…»

Comme si le manque d’argent ne suffisait pas, le terrorisme est venu empêcher la libre circulation des équipes dans les zones d’intervention de l’association comme la région de l’Est. La cerise amère et de trop sur le gâteau, a été la covid19 qui a, par le biais des mesures restriction des mouvements à l’intérieur du pays, occasionné des cas de récidive d’excision et de « mariages d’enfants ». « Heureusement, là où nous avions des comités de veille, nous avons pu empêcher que des filles soient excisées ».

Éliminer les MGF permet d’économiser sur les budgets santé

Financer le combat contre les MGF n’est pas seulement une affaire de santé et de droit, mais aussi une affaire d’économie. Comment est-ce possible ? Sommes-nous tentés de questionner. Il faut en finir au plus tôt avec les MGF dans nos pays, parce que nos Etats dépensent beaucoup d’argent dans la prise en charge des victimes de l’excision. Que ce soit dans le suivie psychologique, dans la réparation et la reconstitution des organes génitaux endommagés.

Modélisation des dépenses liées au MGF du Burkina Faso en 2018. Source OMS

Selon l’OMS, « le traitement des conséquences des mutilations sexuelles féminines sur la santé coûterait au total 1,4 milliard de dollars par an dans le monde si tous les besoins médicaux qui en résultent étaient couverts. Dans les pays, leur coût avoisinerait en moyenne 10 % des dépenses de santé annuelles totale ; dans certains d’entre eux, ce chiffre atteindrait 30 % ».

En 2018, une modélisation de l’OMS sur ces dépenses a montré que le Burkina Faso a injecté, à peu près 220 millions de francs CFA dans la prise en charge des séquelles des MGF, aussi bien chez les enfants que chez les adultes. Le tout ponctionné dans un budget santé de 214 milliards pour la même année

Investir dans ce secteur en termes de prévention pour éliminer la pratique serait donc salutaire pour les économies des pays, qui pourraient réinjecter les fonds sauvés dans leur développement. Après un quart de siècle de lutte, les résultats tant au niveau national que régional sont encourageants. Atteindre zéro mutilation génitale au Burkina Faso d’ici 2030 est plus qu’envisageable. Les jeunes, qui sont les futurs parents, en comprennent les enjeux.

L’espoir ici n’est pas un luxe mais un impératif, car comme nous l’a dit Roukiatou Sedgo, il y va de l’avenir de nos “filles”. Nos filles doivent pouvoir être en mesure de “marcher librement sans se faire taxer de femmes non excisées” conclue t’elle. 

Ange L. Jordan MEDA

Infowakat.net

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