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Terrorisme au Burkina: « nous avons une version hybride du terrorisme » (M. Savadogo)

Dans une interview exclusive accordée à infowakat.net, Mahamadou Savadogo, spécialiste de l’extrémisme violent et de la radicalisation au Sahel et chercheur au Centre de recherche action pour le développement et la démocratie (CRADD), explique les origines du phénomène terroriste en Afrique de l’Ouest et son apparition au Burkina Faso. Selon lui, c’est une version hybride à la quelle nous avons avons affaire.

  • Comment peut-on expliquer la genèse du terrorisme en Afrique et au Burkina en dehors du discours politique qui est servi ?

La Lybie, l’insécurité au MALI, le contrôle de l’économie grise au sahel. Et surtout le faite que le Burkina ne s’est pas préparé à une contamination à partir du Mali avec lequel nous partageons presque les mêmes peuples.

  • Quelle différence il y a t’il entre le terrorisme et le djihadisme ?

Terrorisme : article 084-2015/CNT « actes qui par leur nature ou leur contexte visent à intimider ou à terroriser une population ou à contraindre un Etat ou une organisation internationale, à accomplir ou à s’abstenir d’accomplir un acte quelconque »

Djihadisme : « le djihadisme terrorisme » est une idéologie extrémiste qui prétend imposer une vision radicale et dévoyée de l’islam – fondée sur le retour de ce qu’il qualifie de « vrai islam » – par la terreur et le combat armé. Les djihadistes justifient le recours à la violence contre tous ceux qui n’adhèrent pas à leur idéologie, qu’ils soient musulmans ou non-musulmans »

  • Ceux qui attaquent le pays actuellement sont-ils des terroristes ou des djihadistes ?

A mon avis d’après les définitions ci-dessus, pour le cas du Burkina nous avons les deux dynamiques. Si vous voulez nous avons une version hybride du terrorisme ce qui fait que le cas du Burkina est spécifique et ne doit être combattu en utilisant les mêmes méthodes standards de lutte contre le terrorisme employé dans les autres pays. Nous sommes confrontés à un phénomène qui diffère d’une région a une autre. Au sahel et au nord nous pouvons dire que ce sont des terroristes et des Djihadistes, mais à l’Est, même si on peut les qualifier de terroristes, je dirai plutôt que nous avons affaire à une insurrection armée locale.

  • Aujourd’hui il semble y avoir deux camps : celui du Nord et celui de l’Est ? comment cela peut se comprendre ?

Au nord et au Sahel, le groupe de soutien à l’islam et aux musulmans (GSIM) qui est le chef de file et qui collabore étroitement avec Ansarul Islam (ce qui reste de ce groupe après le décès de Malam Dicko) et des petits groupuscules de trafiquants et délinquants qui écumaient et contrôlaient l’économie en crise dans le sahel bien avant l’arrivée du GSIM. Evoluant sur le même terrain, le GSIM et ces petits groupes qui se sont par la suite radicalisés ont vu l’intérêt de collaborer. Ainsi, Les petits groupes peuvent continuer tranquillement leurs trafiques et activités criminelles sous la protection du GSIM et surtout avec son appui logistique et technique. En contrepartie, ces groupuscules déstabilisent la région par des attaques, des enlèvements. Bien sûre pour les attaques complexes comme les positions des FDS, ils bénéficient de l’appui logistique et technique du GSIM.

– A l’Est, nous avons l’Etat Islamique au Grand Sahara (EIGS) qui est bien implanté dans le septentrion de la région de l’Est à cheval entre le Niger et le Burkina. Il contrôle la presque totalité des sites d’or de la localité. Ce groupe qui est aussi le chef de file des groupes terroristes dans cette région a comme alliés, des groupes locaux qui se sont repartis la région de l’Est en fonction des objectifs ou intérêts qu’ils poursuivent. L’EIGS apporte une assistance technique et logistique a tous ces groupes et essaye de coordonner leurs actions.

Il est important de noter que de temps en temps, il y a une coordination entre les groupes du Sahel et ceux de l’Est. Nous avons quelques fois observé une simultanéité des attaques à l’Est et au Sahel surtout lorsque ça concerne les positions des FDS.

Lire aussi: Sécurité: comprendre les origines et les motivations des groupes terroristes (partie 1/3)

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