L’Affaire de Kouba s’est invitée en justice ce lundi 16 avril 2018 au Tribunal de Grande Instance de Ouagadougou. Pour avoir manifesté sur la voie publique avec des armes (blanches), trois habitants de Kouba ont été condamnés chacun a 12 mois de prison assorti de sursis.

Les faits remontent au 9 mars dernier quand des habitants du village de Kouba, localité située dans la commune de Koubri, à une trentaine de kilomètres de la capitale burkinabè, sont sortis manifester leurs mécontentements face à « l’exploitation » de leurs terres par des opérateurs immobiliers. Ces manifestants munis d’armes blanches ont été dispersés par la Brigade Anti-Criminalité (BAC) et certains d’entre eux ont été appréhendés par cette unité. Ce sont trois personnes qui ont été présentées à la barre ce lundi pour faits de manifestation avec des armes, fait interdit et puni par l’article 124 du code pénal.

N.G est commerçant a Kouba. Il est né en 1992. A.B est également commerçant à Kouba. Il est né en 1987. C.A est un habitant de Kouba, né en 1988. Ce sont là les 3 personnes qui ont comparu ce lundi pour fait de manifestations avec des armes.

Selon les explications de A.B, c’est le 8 mars dernier qu’ils ont été informés de la tenue d’une manifestation le lendemain, c’est à dire le 9 mars, contre les opérateurs immobiliers qui « spoliaient » leurs terres. Mais le jour de la manifestation, quand ils sont sortis sur le « terrain », personne était armé selon ses explications.

Si la BAC a pris N.G avec une « petite machette », c’est parce qu’en rentrant chez lui le jour de la manifestation après avoir fermé sa boutique de pièces détachées, il détenait par dévers lui cette « petite machette » qui lui servait à couper les fils et cordes qu’il commercialise.

En plus de N.G, C.A a été lui aussi appréhendé par l’unité de la Police avec une machette qu’il détenait par dévers lui. Selon ses explications, la machette appartenait à sa femme qui était allée chercher du bois de chauffe dans la brousse le jour de la manifestation. Il raconte que ce jour là, c’est en se rendant au marché du village pour aller boire son dolo qu’il a su qu’il y avait des manifestations. Il dit avoir replié pour aller informer sa femme qui se trouvait en ce moment en brousse. La femme, avec un fardeau de bois sur son vélo, est rentrée au village. Quand à lui, il a décidé de délester la femme de cette machette juste pour l’épargner d’un surpoids. C’est en rentrant chez lui aussi au village avec sa moto et la machette en main, qu’il a été interpellé par deux personnes en « tenue civile ». Après c’est à la police qu’il s’est retrouvé pour enfin comparaître devant le tribunal ce matin.

Au regard de toutes ses explications données par les accusés, le procureur a estimé qu’ils sont bel et bien coupables des faits à leur reprochés. « Il n’est pas interdit de manifester mais l’on doit le faire en suivant la loi » a-t-il dit avant de requérir 12 mois de prison assortis de sursis pour chacun des accusés. Le tribunal a accédé a cette requête en condamnant chacun des accusés à 12 mois assortis de sursis.

En rappel, l’affaire de Kouba est liée à un problème foncier. Certains habitants dénoncent la mauvaise gestion du maire qui aurait selon eux favorisé l’exploitation des terres par les sociétés immobilières, et ce, en ne tenant pas ses engagements de campagnes électorales. Selon ces frondeurs, le maire aurait promis de faire lotir Kouba si toute fois on lui donnait la chance de gérer la municipalité. Cette chance lui a souri mais, semble-t-il, que le maire aurait permis aux sociétés immobilières d’exploiter les terres sans prendre en compte les habitants de Kouba dans cette exploitation. C’est ce qui aurait créé la fronde dans ce village.

Armand Kinda
Infowakat.net