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Traitement des femmes après l’accouchement  : l’eau très chaude plus néfaste que bénéfique ?  

Pour bon nombre de femmes donner la vie, c’est donner l’amour ; Chaque tradition voit la naissance de l’enfant dans la famille, comme une bénédiction, une grâce et une faveur de Dieu. Ainsi selon les diverses ethnies, les femmes, après leur enfantement bénéficient de certains traitements, variable d’une tribu à une autre. En effet il est d’une fréquente habitude d’entendre de certaines personnes imbues de la tradition, affirmer qu’ « une femme doit consommer uniquement des aliments chauds après son accouchement ». Des fondements qui sont vérifiés d’une ethnie une autre. Quelle est l’objectif de ces pratiques traditionnelles ? que dit la médecine moderne par rapport à cela ? A travers un reportage mené sur le sujet, Infowakat.net vous transporte dans la réalité de certaines traditions du Burkina mais aussi de communautés étrangères sur la question.

Les ethnies présentent quelques fois des divergences, sur certains aspects des règles et conduite à tenir ; cependant, il semble bien que pour cette question, il y ait similitude. Ainsi des Bissa, en passant par les Moosi, sans oublier les Dagari, le traitement réservé aux femmes après l’accouchement est le même : « faire consommer à la nouvelle maman rien que du chaud ». De l’ensemble des personnes interrogés, l’on peut retenir :

C’est une pratique traditionnelle pratiquée depuis plusieurs décennies et qui même de nos jours garde tant bien que mal sa place, en dépit des avancées dans le domaine de la médecine moderne.

Ainsi dans la tradition Bissa, Selon Mme Naré née Nombré, après que la femme eut accouchée et sortie de la maternité, la femme bissa est premièrement douchée. Après la douche, celle-ci se repose. Après s’être reposée, cette dernière doit prendre un bain uniquement avec de l’eau chaude. Cette douche à base d’eau chaude a pour but de permettre à la nouvelle maman de reprendre des forces après les efforts fournis pendant la grossesse et l’accouchement. « Après on lui donne de l’eau chaude à boire, on fait aussi de la bouillie chaude pour elle ; après cela il faut enterrer le placenta dans un coin dans la cour. Le soir on lui prépare du tôt avec une sauce potassée qu’elle boira. Elle n’a pas droit à manger quelque chose de frais » a expliquée Dame Naré.

L’objectif de toutes ces pratiques est de maintenir la femme, lui procurer une “bonne santé”, et nettoyer les saletés qui sont dans son corps. Dans la tradition moaga, la pratique s’apparente aussi à celle des Bissa.

Selon, Odetta Nikiema, après l’enfantement, chez les moosis, la femme se repose puis est douchée à l’aide d’eau chaude. Ensuite, elle est massée à l’aide d’un morceau de tissus, trempé dans de l’eau chaude, préalablement bouillie avec des feuilles et des écorces; puis elle s’alimente d’une sauce potassée. La durée du rituel est variable de 04 à 08 jours, et même plus, en fonction de l’état de la maman.

Odetta Nikiema

Quant aux dagaris, c’est la technique de sudation qui est aussi utilisée en plus des pratiques de la douche chaude, commune aux autres ethnies. En effet pour ce cas précis, une vapeur d’eau chaude est ventilée dans les dessous de la nouvelle maman, en vue d’éliminer les toxines éventuellement restées après l’accouchement.

Hors du Burkina, c’est de même une pratique qui existe. Togolaise et résidente au Burkina Faso, depuis plusieurs années, Rachelle Ameblame/Agbavito, affirme qu’au Togo ce sont les mêmes pratiques qui sont observées. Dès lors qu’une femme accouche, selon la tradition togolaise, il faut prendre soin de la femme, en la lavant à l’eau chaude pendant 40 jours puis elle consomme de l’eau chaude à tous moments pendant également 40 jours au minimum.

Rachelle Ameblame/Agbavito

A quelques différences de certaines traditions Burkinabè, des produits sont aussi associés aux bouillons que la femme consomme. « Il y a un produit qu’on appel ‘‘piment noir’’, nous on enlève ça un peu mettre dans l’eau bouillir pour que la femme boit à tout moment ». A-t-elle raconté, en expliquant que le produit associé aide à laver les saletés dans le ventre de la nouvelle maman ; « les saletés sortent lorsqu’elle pisse ». Pour elle la femme n’est pas faite pour le froid, et c’est une tradition qui se perpétue de génération en génération.

« C’est une bonne pratique ! »

Contrairement à ce que pense le commun des mortels, en relation avec l’application des pratiques traditionnelles, l’utilisation et la consommation des produits chauds n’est pas néfaste en soi !

En effet selon les propos « avertis » d’un spécialiste, Dr Touré, gynécologue au département de gynécologie obstétricale du centre Hospitalier Universitaire Yalgado Ouedraogo (CHU-YO), « C’est une bonne pratique ! ».

Pour comprendre cette assertion, Dr Touré se justifie du fait que la température du corps est de 37°. Selon ses propos, lorsque la femme consomme des produits froids, le corps a la mission de remonter la température de ces produits. La consommation du chaud aide aussi l’organisme.

Cependant, Dr Touré s’est voulu rigoureux, lorsqu’il précise qu’il ne faut non plus pas donner des aliments brûlants à la femme ! Il faut des aliments dont la température équivaut à celle du corps, entre 37 et 40°. Les aliments chauds que la femme consommera participera à régénérer son organisme.

Cependant les affirmations “traditionnalistes”, selon lesquelles la consommation des aliments et boissons chaudes nettoient l’organisme à travers l’écoulement de sang est réfutée par le spécialiste. En effet l’écoulement de sang aussi appelé scientifiquement « lochies » est un phénomène normal qui intervient après l’accouchement de la femme. Alors le sang qui s’écoule est de couleur rouge. Lorsque par contre, ce sont des caillots de sang et abondants, cela peut entraîner des complications. « Physiologiquement, la femme a des saignements après l’accouchement. Il y a le sang rouge qui vient de l’utérus; ça dure entre 05 et 08 jours, après ça change de couleur jusqu’à devenir plus claire. C’est ce qu’on appel les lochies. C’est un sang qui est normal,  qui n’est pas lié à l’eau chaude. Il s’élimine normalement ». A-t-il expliqué.

Rejoignant à priori Dr Traoré, dame Nonguierma Mariam, sage femme au service de maternité de yalgado, affirme que c’est la consommation de produits chauds et brûlants qui causent des complications pour certaines femmes après l’accouchement. En effet après l’étape de l’enfantement, des femmes dans leurs prise en charge en font un peu trop dans leur nouvelle habitude alimentaire, à travers la consommation excessive du chaud, en vue de se maintenir. « L’anatomie de la femme se répare naturellement, même sans eau chaude. Quel est le lien qui s’étend entre l’eau chaude qui est dans l’estomac et l’utérus ? L’utérus est un organe à part ! C’est vrai que les organes se communiquent mais il n’y pas un lien.  Il n’y a pas de liens avec l’eau chaude ingurgité. On a pas besoin de la eau chaude. D’ailleurs l’eau chaude va contribuer à dilater certains vaisseau pour amener à saigner.» A expliquée dame Nonguierma. Elle fait cas à cet effet, de certaines femmes qui après l’accouchement reviennent avec des stigmates des brûlures dû à la consommation de liquides très chaud.

Pour réduire le temps de l’écoulement de sang, l’allaitement est le meilleur moyen selon Dr Touré. L’allaitement permet de rendre l’utérus rigide, et donc de réduire ou d’arrêter les écoulements sanguins. Et lorsque l’allaitement maternel ne vient pas à bout de ces écoulements, des médicaments sont alors prescrits aux femmes. Des médicaments qui selon la politique médicale du Burkina sont gratuits.

Aussi un suivi doit être fait pour les femmes qui viennent d’accoucher, afin de s’assurer de la bonne santé des organes « Elle doit revenir au 6e jour à l’hôpital pour qu’on l’examine et au 45e jour, pour qu’on puisse voir si les organes sont en place, et éventuellement parler d’espacement de naissances ». A expliqué la sage femme.

 La nouvelle maman doit avoir une alimentation variée et riche !

Selon la médecine, la prise en charge alimentaire de la femme doit se faire par la consommation de produits riches en vitamines. Une bonne alimentation en est la base. « l’homme n’est pas fait pour le froid », précise Dr Touré. L’alimentation de la nouvelle maman doit être riche en liquide, de toute sorte, excepté l’alcool, en raison de l’allaitement. Les fruits de saison, les légumes frais, cultivés localement et des plats enrichis, en protéines, lipides et diversifiés sont entre les repas à prioriser. L’aspect psychologique est aussi important ; il faut maintenir la femme dans un état jovial.

Dr Touré conseille aussi les nouvelles mères, la pratique du sport, tel que la marche, pour se maintenir toujours en bonne santé.

En somme, tout excès nuit ! il faut reconnaître, selon les spécialistes du domaine, que l’usage du chaud n’apporte rien médicalement parlant. Elle peut constituer au contraire un danger lorsqu’elle est brûlante, dont la déshydratation, la dilatation des vaisseaux, des brûlures sur la peau. Cependant elle participe d’un autre sens au maintient de l’état de la femme.

Alex SOME

Infowakat.net

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