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Crise alimentaire/vie chère au Burkina Faso : quand manger devient un luxe !

Les contraintes économiques se traduisent presque immédiatement par une hausse des prix. Au Burkina Faso, les prix des produits du quotidien grimpent en flèche et les aliments ordinaires deviennent des produits de luxe. L’inflation touche de plein fouet le monde paysan où même des agriculteurs n’arrivent pas à s’offrir trois repas par jour. Dans la région du Plateau Central et du Centre Ouest, la réalité est perceptible. Constat du 27 au 28 juin 2022 dans ces localités respectives. 

La crise qui se profile au Burkina Faso est due à une association de divers facteurs, dont la sécheresse; de fortes diminutions de la production céréalière et les prix élevés des céréales; la dégradation de l’environnement; les déplacements de personnes; et la pauvreté chronique aggravée par la conjoncture.

Ainsi, le coût de tous les ingrédients a pratiquement flambé et il est devenu impossible de prévoir la demande. Selon l’Indice harmonisé des prix à la consommation du mois de février 2022 publié par l’INSD, les prix des céréales ont connu une hausse de 21,2%, les huiles alimentaires de 16,4%, les légumes frais en fruits ou racines de 36,5% et les tubercules et plantains de 44%.

Sérieusement, les agriculteurs qui sont censés de travailler pour nourrir le peuple Burkinabè ont faim. Ousmane Sawadogo, Président de l’Union départementale des sociétés coopératives des producteurs de coton de Nagréongo dans le Plateau Central ne dira pas le contraire.

« Nous sommes confrontés à la vie chère et les vivres se font rares sur le marché de Nagréongo. Ceux-là même qui vendent des céréales ont du mal à joindre les deux bouts en termes de nourriture. Ils n’ont pas suffisamment à manger. Donc ils ne vendent pas », a-t-il expliqué ajoutant que le plat du maïs coûte 775 F CFA, et pourrait grimper dans les jours à venir.

Pour lui, cette cherté de la vie a bouleversé le régime alimentaire des ménages. « Si tu pouvais manger trois fois par jour, maintenant tu fais deux fois par jour. C’est le matin et le soir qu’on mange. Et puis ce n’est pas suffisant, tu diminues la quantité aussi », poursuit-il. Il se saisit des feuilles nous demandant de photographier. Son nom c’est ‘’Sogda’’ en mooré, nous dit-il, elles n’échappent pas dans nos plats.

Amado Sebgo, président de l’Union Régionale des Producteurs Semenciers de Songpélcé à 17 kilomètres de Ziniaré souligne qu’au marché de Ziniaré il est difficile d’avoir les céréales. « Parce que ce sont les producteurs qui devraient faire sortir les céréales. Comme la saison précédente n’a pas été bonne, chacun garde ses céréales sans vendre » dira-t-il.

Mais, a-t-il noté, à part le maïs qui vient de la région de l’Ouest qu’on peut trouver une petite quantité sur le marché, le mil et le sorgho sont quasiment rares. « Le riz importé qui était vendu le sac à 17 500 F CFA se vend aujourd’hui à plus 27 000 F CFA », informe-t-il.

« Si quelqu’un rit dans notre commune, c’est parce qu’il est en bonne santé. Sinon il a faim ».

En plus de la région du Plateau Central, les populations du Centre Ouest connaissent également l’augmentation des cours des biens de consommation courante.

« A l’heure actuelle nous pouvons dire que les céréales sont très chères sur le marché. Si vous voyez quelqu’un dans notre commune qui rit, c’est parce qu’il est en bonne santé. Sinon il a faim. Des gens qui pouvaient manger deux, trois fois par jour ; aujourd’hui il faut prier Dieu pour avoir un repas par jour pour pouvoir survivre », a d’entrée de jeu expliqué Benjamin Ouédraogo, président de la coopérative des producteurs de maïs de Imasgo. Une localité située à 30 Kilomètres de Koudougou dans le Boulkièmdé sur l’axe Yako. Parlant du prix du maïs dans sa commune, il indique que le plat coûte plus de 850 F CFA sur le marché.

« Aujourd’hui, les commerçants qui voyagent pour payer les céréales pour revendre ne peuvent pas en avoir. Donc, à cause de la rareté des vivres, ça fait que les prix reviennent très chers et les producteurs ne peuvent pas en approprier », a-t-il raconté.

Il arrive que M. Ouédraogo et sa famille mangent des feuilles pour être à l’abri de la famine. « Nous dirons qu’ici ce qu’on peut accompagner comme intercaler ce sont des oseilles, des choux, etc. Avec beaucoup d’enfants, si tu gagnes le plat de maïs à 850 F CFA, tu pars payer l’oseille beaucoup, avec un peu de piment, on mange, boire de l’eau et dormir. C’est ce qu’on fait comme solution », a-t-il expliqué.

Pour Seydou Ouédraogo, production à Tabou dans la province de Sissili (Léo) les mois de Juillet, Août et Septembre constituent une période de soudure très critique. « Dans cette période, il n’y a pratiquement rien et certains ménages ne mangeront qu’une seule fois par jour. Les gens sont en train de semer, cultiver et il n’y a rien à manger. Les familles sont obligées de faire pression sur elles », a-t-il dévoilé.

« Il y a quelque jour j’étais dans un village, quand ils préparent aujourd’hui à 9 heures, il faut attendre demain à 9 heures pour manger. Donc il faut attendre 24 heures pour avoir un repas. C’est vraiment difficile », a-t-il révélé. « Si le producteur arrive à avoir à manger au moins deux fois ou les trois fois par jour en cette période de soudure, je vous assure que cette sécurité alimentaire est atteinte », a-t-il précisé.

Quid de la SONAGESS ?

La Société nationale de gestion des stocks de sécurité alimentaire (SONAGESS), créée en 1994 au Burkina Faso pour gérer le stock national de sécurité alimentaire (SNS). Ce stock, estimé à des milliers de tonnes, est composé de trois céréales (mil, maïs, sorgho), qui correspondent aux habitudes alimentaires des populations du pays. Pourtant, cet instrument public n’est pas fonctionnel partout.

À Ziniaré, M. Sebgo nous informe que des boutiques de la SONAGESS existaient mais leur antenne n’est pas encore ouverte.
À Imasgo, son absence est aussi criarde qu’ailleurs. « Nous pouvons dire qu’à Imasgo, on ne parle pas de SONAGESS.

Imasgo c’est comme un joueur qui est allé sur le terrain pour jouer et on lui a donné le carton rouge et puis il est ressorti. Nous ne comprenons pas pourquoi dans toutes les communes on parle de SONAGESS mais chez nous ce n’est pas le cas », a pour sa part renchérit Benjamin Ouédraogo.

Si on signale la présence des boutiques témoins de la SONAGESS à Touba (Sissili), beaucoup de producteurs n’ont pas les 6 000 à 7 000 F CFA pour accéder à des vivres. « Je pense que la solution doit être réfléchie. Parce que les quantités qui sont dans les boutiques témoins ne peuvent pas suffire à tout le monde. Quelqu’un va venir s’approvisionner dans une boutique témoin, il va manger ça pendant deux semaines. Et les autres semaines qui suivent ? Donc, on doit encore réfléchir sur la durabilité », a laissé entendre Seydou Ouédraogo.

Ces paysans souhaitent que le gouvernement développe des stratégies, des mécanismes qui puissent permettre aux populations rurales vulnérables de pouvoir accéder aux denrées alimentaires à des prix subventionnés.

Face à la crise alimentaire, des ONG ont toujours apporté une assistance alimentaire à des populations. C’est le cas de Oxfam. Dans son rapport annuel 2020-2021, l’ONG souligne avoir apporté une contribution significative à l’amélioration de la situation alimentaire et nutritionnelle des populations affectées par la crise alimentaire au Burkina Faso. Pour ce faire, des actions de distribution de vivres, de farine améliorée et de l’eau blanche ont été menées au profit des ménages.

Youssouf KABDAOGO
Infowakat.net

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